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Les sculptures aériennes d’Angella Holguin exposées à Paris

Idéalement située en face du jardin du Luxembourg, la galerie IDA MEDICIS a vu le jour en novembre dernier, sous l’impulsion de Delphine Piard IDA et Georges Lironis, tous deux passionnés d’art. Delphine a plusieurs cordes à son arc. Elle a notamment réalisé la mise en scène d’Arsène Lupin et de Columbo avec Martin Lamotte, au Théâtre Michel. Sa deuxième passion? L’art contemporain, qu’elle a pu satisfaire en ouvrant sa galerie.

Après avoir accueilli Pierre-Luc Poujol, les deux galeristes invitent la jeune sculptrice mexicaine Angella Holguin. Delphine l’a rencontrée lors d’un stage de sculpture aux Beaux-Arts à Paris, en 2010. Lors de l’ouverture de sa galerie, elle a tout de suite pensé à la jeune femme.

Née à Mexico en 1981, l’artiste est désormais reconnue dans son pays. Après des études de commerce international à Monterrey au Mexique, elle change de voie pour se former à l’Académie des Beaux-Arts de San Diego puis de San Francisco. En 2017, après plusieurs expositions, le gouvernement de l’État de Querétaro lui commande une sculpture monumentale qui est installée au cœur de la ville. Responsum exprime «le devoir social envers les autres». Cette figure organique contient des graines (celles-ci sont représentées par des engrenages) qu’il faut semer afin d’encourager des valeurs sociales. «Sans les graines, nous n’aurions pas les fruits de cette entraide sociale qu’en tant qu’humains nous nous devons de cultiver» explique Angella.

C’est dans cet état d’esprit que l’artiste fait évoluer ses œuvres. «Je m’inspire de la nature. Au fur et à mesure, j’essaie de sortir de ma zone de confort. Tous les matériaux ont un caractère différent». Elle travaille ainsi toutes les matières: bois, papier, tout type de métal – même si sa spécialité est l’acier inoxydable. On est impressionné par cette délicate silhouette qui, dans son atelier mexicain, enfile sa tenue de soudeur pour un travail de découpe, d’assemblage… qui donne finalement naissance à des œuvres légères et aériennes.

Hollguin est inspirée par les éléments mais aussi par la féminité et la fécondité. Dans «Viaje del alma I» («Voyage de l’âme I»), une femme est régénérée par les flammes. Le feu, symbole de purification, permet la transformation de l’âme. Celle-ci, dans une deuxième phase («Viaje del alma II»), est représentée par une sphère d’acier inoxydable sortant des flammes.

Le travail d’Angella Holguin est fouillé et de longue haleine. La réalisation de chaque œuvre la mobilise pendant quatre à six mois. Sa première exposition lui avait pris quatre ans. Dans l’œuvre Montipora, son travail du bois est subtil et raffiné. Les couches de pin s’intercalent avec les couches de cèdre qui sont ensuite poncées. L’artiste avoue pour finir que sa prochaine exposition devrait comporter plus de bois…

Sophie Béguerie
Le Figaro
Mars 2019.